Quels sont les pays durables en matière d’ investissements ?

Classement de durabilité des pays émergents

-  Degroof Petercam a conçu une méthodologie objective pour classer les pays émergents et leur attractivité en tant que destination d'investissement durable.

-  Principales constatations sur l'ensemble de l'exercice :

  • la Turquie passe de la 13e à la 39e place et quitte par conséquent le segment des pays durables les plus attractifs. Le manque de liberté de la presse et l'instabilité politique ont été des facteurs cruciaux sur ce plan. 
  • Le Venezuela dégringole à la 57e place du classement et se retrouve ainsi dans le dernier segment, en raison notamment des troubles politiques.
  • Le Brésil perd beaucoup de terrain.

Degroof Petercam développe depuis 2013, sur la base d'une méthodologie objective mise au point au niveau interne, un classement des pays émergents fondé sur des critères clairs.  

« Les prestations relatives d'un pays accroissent son attractivité et ses chances d'être effectivement intégré, en tant que pays d'investissement, dans les fonds d'investissement durable. De cette manière, une stratégie d'investissement se combine aux efforts politiques en matière de durabilité d'un État-nation »  explique Ophélie Mortier, stratège en investissement responsable auprès de Degroof Petercam.


Principales tendances


La dernière analyse de durabilité s’inscrit dans un contexte d’émergence accrue du populisme en politique, qui exprime son mécontentement face aux élites politiques qui ont longtemps dominé les campagnes. Le dernier rapport de l’Indice de Démocratie publié par The Economist Intelligence Unit titre « Revenge of the deplorables » et pose la question s’il s’agit d’un triomphe pour la démocratie ou au contraire une menace pour celle-ci, particulièrement dans les démocraties les plus matures.  C


ette perte de confiance dans les institutions de gouvernance est un élément majeur à surveiller de près lorsqu’elle est combinée avec des signaux d’alerte sur les autres pans de la durabilité et la stabilité d’un pays.


Turquie et Venezuela chutent dans le classement  


Ainsi, nous mettrons en avant le recul de la Turquie dans le classement. Suite à la détérioration importante des droits et libertés dans le pays, celui-ci passe de la 13e à la 39e position. La détérioration démocratique en Turquie est largement commentée par les médias et les ONG. La performance de la Turquie en matière de transparence et valeurs démocratiques, qui inclut également d’autres facteurs complémentaires à ceux des libertés civiles et droits politiques, impacte très fortement le classement du pays. Car sur les facteurs de l’éducation ou de la population, de la distribution des richesses et de l’accès aux soins de santé, etc. le pays n’est pas si loin des performances des pays en tête de peloton comme la Pologne ou la République Tchèque. Pèsent également dans la balance le manque d’investissement en énergies renouvelables et la dépendance encore très forte du charbon, contribuant à une très mauvaise qualité de l’air. Malgré cette déplorable performance de gouvernance, la dette turque souveraine en devise locale reste largement présente dans les indices de marchés (près de 8%).


Le Venezuela est un autre exemple pertinent. Dans le dernier quartile du classement, sa situation s’est encore détériorée depuis un an. Depuis avril, le pays est en proie aux manifestations croissantes d’opposition contre son président Nicolas Maduro, qui ont coûté la vie de plus de 25 personnes.

Avec une économie corrélée quasi parfaitement avec le prix du baril, la dette vénézuélienne peut être comparée à celle de la Russie ou de la Colombie ou encore le Mexique. A noter que la Russie est exclue du classement depuis sa création pour manque de respect des valeurs démocratiques minimales. La Colombie et le Mexique offrent des profils ESG bien meilleurs notamment grâce à une durabilité économique qui inspire plus de confiance et un engagement environnemental plus fort.


L'Albanie et le Panama passent dans le quartile supérieur


L’Albanie entre dans le premier quartile du classement. D’un point de vue des marchés obligataires, le pays est souvent comparé à ses voisins le Monténégro et la FYROM (ex-province yougoslave de Macédoine).


Le pays se distingue essentiellement sur les axes de l’éducation*  et de l’environnement. Les enfants inscrits en primaire sont avant tout plus nombreux et terminent davantage leur cycle comparé au Monténégro où les dépenses consacrées à l’éducation sont également moindres.


Au niveau environnemental, la qualité de l’air est légèrement supérieure en Albanie et l’utilisation de charbon moindre. Par contre, comme ses pays voisins, le renouvelable contribue très peu à la production électrique. Dans ce cadre, l’Albanie figure d’ailleurs parmi les dix derniers pays de l’univers complet.


Enfin, le Panama grimpe également dans le classement et se hisse dans le premier quartile. Les marchés obligataires cotent relativement bien la dette du pays, qui émet principalement en dollar. La dette est souvent comparée à celles, en dollar, de pays d’Amérique Latine à faible risque comme le Chili ou le Mexique (le peso mexicain étant bien plus volatil). Le Chili se situe également dans le premier quartile et ce depuis un long moment, en se distinguant principalement sur les questions de transparence et valeurs démocratiques et dans une moindre mesure l’axe de la santé, la population et la distribution des richesses.


Méthodologie et rendement


Depuis 2013, Degroof Petercam classe les économies émergentes selon leur degré de durabilité. Forte de son expertise développée depuis 2008 pour les états membres de l’OCDE, la méthodologie a été adaptée aux problématiques propres de l’univers tout en maintenant les cinq grands axes de durabilité – à savoir la transparence et les valeurs démocratiques (1), la population, les soins de santé et la distribution des richesses (2), l’environnement (3), l’éducation/l’innovation (4) et l’économie (5).


« Les trois ans d’existence du classement des pays émergents avait été l’occasion d’une évaluation approfondie de la valeur ajoutée d’une analyse de durabilité des économies émergentes, jugée par nombreux trop précoce et prématurée étant donné les enjeux en question. Le suivi constant du modèle et de sa pertinence permet d’assurer que performance et réduction de risque sont bien au rendez-vous. Nous continuons à constater que la contribution du filtre de durabilité est d’autant plus importante que les marchés sont volatils et baissiers et montre la force de l’outil dans l’appréhension des risques, » dit Ophélie Mortier.


Sustainability Ranking - Fig1
Sustainability Ranking - Fig1
Download
Duurzaamheidsranking - Fig
Duurzaamheidsranking - Fig
Download


* Les données d’éducation pour la FYROM (Macédoine) sont assez limitées, ce qui pénalise le pays sur la question.